4 personnalités qui ont marqué le secteur du logement en France

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1954 : l’abbé Pierre lance son appel

 

Durant l'hiver 1954, l'abbé Pierre lance un appel aux Parisiens afin de les mobiliser autour de la cause des sans-abri. - AFP

Durant l’hiver 1954, l’abbé Pierre lance un appel aux Parisiens afin de les mobiliser autour de la cause des sans-abri. – AFP

Longtemps personnalité préférée des Français, l’abbé Pierre est resté dans leur cœur et dans leur mémoire, immortalisé par sa pelisse et son béret noir. « Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée », avait-il lancé aux Parisiens le 1er février 1954 pour les mobiliser autour de la cause des sans-abri. L’appel a fait date, mais l’abbé Pierre aurait pu le renouveler à de maintes reprises depuis. Henri Grouès était un prêtre catholique né en 1912, résistant, député de Meurthe-et-Moselle étiqueté Mouvement républicain populaire jusqu’en 1951, fondateur en 1949 d’Emmaüs, « une espèce de carburant social à base de récupération d’hommes broyés ».

Presque dix ans après sa mort en 2007, le nombre de sans-abri et de personnes à la rue a explosé en France. Rien qu’à Paris, les foyers d’hébergement et les hôtels accueillent chaque nuit plus de 40.000 personnes et chaque année les morts dans la rue sont plus nombreux. La fondation Abbé Pierre poursuit le combat de son mentor, en construisant et en gérant des centres d’accueil et des logements ; en apportant des conseils et de l’aide juridique à des ménages menacés d’expulsion ; en exerçant un influent pouvoir de lobby auprès du monde politique et des médias ; en montrant l’habitat insalubre par des campagnes d’affichage chocs. Chaque année, la fondation livre à la date anniversaire de l’appel, le 1er février, un rapport sur le mal-logement. Chaque année, il est plus pessimiste.

1984 : Pierre Méhaignerie invente la Défisc’

 

Pierre Mehaignerie lance en 1984 le premier dispositif de défiscalisation destiné à encourager l'investissement locatif. - SIPA

Pierre Mehaignerie lance en 1984 le premier dispositif de défiscalisation destiné à encourager l’investissement locatif. – SIPA

Député d’Ile-et-Vilaine depuis 1973, maire de Vitré, plusieurs fois ministre… Pierre Méhaignerie, ministre du Logement, de l’équipement et de l’aménagement du territoire du gouvernement Chirac de 1986 à 1988, a laissé son nom à un dispositif de défiscalisation, le premier du genre et l’aîné d’une longue lignée, En 1984, et pour relancer l’appétit des Français pour le logement, l’Etat leur propose de déduire de leur revenu imposable, pendant deux ans de suite, 5 % du montant de leur investissement locatif plafonné à 200.000 francs pour une personne seule, 300.000 pour un couple, à condition de louer leur logement pendant six ans.

Les uns après les autres, presque sans exception, tous les gouvernements se sont appuyés sur cet outil souvent comparé à une perfusion artificielle et pourtant devenu un pilier de la politique du logement. Au « Mahaignerie », ont succédé le « Quilès », le « Besson », le « Robien, », le « Borloo », le « Scellier », le « Duflot », le « Pinel ». A chacun sa spécificité, un taux de réduction plus ou moins haut, jusqu’à 25 % pour le « Scellier » en 2010, plus ou moins lié aux ressources du bailleur, aux revenus du locataire, calculés sous forme de réduction ou de déduction d’impôts, plus ou moins avantageux selon les régions… Tous ont eu les mêmes conséquences. Les bonnes : le soutien de l’activité et des emplois dans le BTP. Et les mauvaises : la construction de logements là où la demande n’était pas forcément la plus forte et un effet inflationniste. Alléchés par l’économie d’impôts, les acquéreurs achètent ces logements comme des produits financiers, plus chers. Beaucoup s’en sont mordu les doigts.

2004 : Borloo lance l’ANRU

 

Jean-Louis Borloo à soutenu en 2004 la création de l'ANRU, l'Agence nationale pour la rénovation urbaine. - Frederick Florin/AFP

Jean-Louis Borloo à soutenu en 2004 la création de l’ANRU, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. – Frederick Florin/AFP

Outil principal de la loi d’orientation sur la ville de 2003, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine, l’ANRU, naît en 2004. Pour la première fois et sous l’impulsion de Jean-Louis Borloo, alors ministre délégué à la Ville, les différents dispositifs de la « politique de la ville », c’est-à-dire les aides dirigées vers des grandes cités d’habitat social, sont regroupées et accessibles via un guichet unique. En une dizaine d’années, dans le cadre de quelque 400 conventions signées entre les collectivités locales et l’Etat, 140.000 logements ont été démolis, le même nombre reconstruits, 325.000 rénovés, des chantiers engagés pour désenclaver certains quartiers, y amener des services publics et des entreprises… Au total, près de 13 milliards d’euros investis dans des travaux qui devraient s’achever en 2020.

Cette politique a-t-elle modifié la géographie urbaine ? Oui et non. Si les conditions d’habitat se sont améliorées dans de nombreux quartiers, la sociologie des tours et des barres, si critiquée, n’a pas beaucoup changé, la mixité pas beaucoup augmenté, sauf dans les sites les plus proches des centres-villes. Malgré les exonérations de TVA notamment, les promoteurs privés ne se sont pas précipités dans ces quartiers pour y construire des logements à vendre. Les nouveaux arrivants des HLM sont des ménages de plus en plus pauvres. Une fois installés, ils n’ont plus accès au parcours résidentiel qui pourrait les mener ailleurs, dans le parc privé. Enfin, le développement économique n’a pas suivi et devrait faire l’objet de plus d’attentions dans l’ANRU 2 lancé en 2015, avec un budget de 5 milliards d’euros.

2014 : Cécile Duflot à toute « Alur »

 

Cécile Duflot restera comme la ministre de l'encadrement des loyers, une mesure inscrite dans la loi Alur. - Joël Saget/AFP

Cécile Duflot restera comme la ministre de l’encadrement des loyers, une mesure inscrite dans la loi Alur. – Joël Saget/AFP

Urbaniste de formation, Cécile Duflot avait les atouts pour s’attaquer au ministère de l’Egalité des territoires et du Logement, pourtant réputé technique et ingrat. Secrétaire nationale du mouvement Europe Ecologie les Verts jusqu’en 2012, elle avait aussi le profil pour s’attirer les foudres des professionnels. En vingt-deux mois, elle a réussi sur les deux tableaux. Et restera dans les mémoires comme la ministre de l’encadrement des loyers, une mesure qui figure dans la loi pour un accès au logement et un urbanisme rénové (Alur) promulguée en 2014. Appliquée seulement à Paris, cette mesure contestée par les économistes comme par les historiens du secteur est arrivée trop tard et n’a pas prouvé son efficacité pour faire baisser les prix. Elle a au contraire découragé un temps les investisseurs.

Le reste du texte est très technique et ratisse large, passant en revue les honoraires des agents immobiliers et des syndics, les plans locaux d’urbanisme, les procédures d’aménagement… Deux ans après, il lui manque encore de très nombreux décrets pour être applicable. La construction, paralysée par un climat de défiance, est repartie dès lors que le « Duflot », dispositif d’investissement locatif défiscalisant a été transformé en « Pinel », du nom de la ministre suivante, c’est-à-dire nettement assoupli. Pour son franc-parler, pour avoir voulu bousculer quelques habitudes et réformer un système soutenu artificiellement par des plans de relance réguliers et très coûteux, Cécile Duflot a été accusée, y compris par son camp, d’avoir aggravé la crise du logement. Ce serait lui faire beaucoup d’honneurs, en oubliant un contexte économique difficile et une période électorale (post-présidentielle, pré-municipale) jamais favorable au BTP.

Sources : www.lesechos.fr
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